Les Îlets en tournée

Variations amoureuses

Carole Thibaut / La Jeune Troupe des Îlets

21 juillet - 21h30

Musée Canal de Berry - Festival Remp'Arts

Valse amoureuse et confusion des sentiments chez trois jeunes gens d'aujourd'hui, tiraillés entre leurs amours, leur orgueil et leur soif d'absolu.

réservations :

04 70 06 63 72

Autours

Atelier Matrimoine 2.0

Comment les nouveaux espaces de travail, de partage et de diffusion qu’on peut trouver sur internet interagissent avec les enjeux féministes ? Cet atelier sera l’occasion de participer activement à la ré-écriture de l’histoire en lançant la page Wikipédia « Matrimoine ». ven. 15 sept – 14h / durée 4h Entrée libre / Inscription au 04 70 03 86 18

édito
Carole Thibaut

La décentralisation a 70 ans cette année.
En mai 2017, par un dimanche gris et froid qui ne ressemble en rien à un dimanche de printemps, j’écris ton nom, Décentralisation. La Décentralisation n’existe que parce qu’il y a Centralisation. Nous qui travaillons dans ce qu’il a été convenu d’appeler parfois la province, parfois les régions, parfois aussi les trous du cul du monde, nous expérimentons chaque jour ce qu’est la Centralisation dans ce pays. Ce qui est devenu un des maux les plus pernicieux et violents de notre société démocratique.Cette sensation d’être oublié.e.s, laissé.e.s pour compte, méprisé.e.s, des habitant.e.s d’ici. On nous a missionné.e.s sur ces territoires pour transmettre LA CULTURE, officielle, centralisée, mais on nous a bien fait comprendre qu’il ne faudrait pas nous « enterrer » là, qu’il nous faudrait revenir régulièrement à Paris ou dans les grandes cités pour exister « artistiquement ». La Décentralisation porte en elle-même le mépris de la Décentralisation. Il fut un temps où elle était une nécessité, une révolution culturelle. Aujourd’hui elle n’est que le syndrome de politiques culturelles moribondes, incapables de se repenser en profondeur, mâchouillés par quelques représentants ultranormés d’une certaine classe dominante, méga-urbaine, centralisée, blanche et patriarcale.
Il faut en finir avec le théâtre de Papa, il faut en finir avec la Centralisation culturelle. Il faut inventer pour les 70 ans à venir un autre rayonnement culturel, qui parte de ces territoires. Le monde se raconte – aussi – ici. Il faut interroger les réalités historiques, économiques, sociales, humaines de ces territoires, s’en nourrir, en faire matériau de création. Il faut les écouter, leur rendre la parole, entendre ce qu’ils ont à raconter sur le monde d’aujourd’hui, il faut écrire, avec eux, à partir d’eux, ce Récit dont ils ont été exclus…
Ce n’est qu’ainsi que le théâtre redeviendra l’espace d’une parole partagée, universelle, forte, subversive, qui parle à la société humaine de la société humaine. Nous appelons ici les journalistes, critiques de tout poil et genre, à faire leur métier de journaliste, à se déplacer hors des salons parisiens, a` se risquer de l’autre côté du périphérique, et – bien plus périlleux encore ! – à tenter les intercités, les ter et jusqu’aux autocars qu’on nous laisse ici parfois comme ultimes moyens de locomotion. Nous appelons les artistes à travailler ici les histoires, paroles et langues d’aujourd’hui, qui seules peuvent rendre compte du monde d’aujourd’hui, pour que les théâtres publics cessent d’être des musées où on vient entre soi se repaître des œuvres PATRimoniales de « sa » CULture dominante. Nous appelons ici à une mixité des œuvres et des créateurs.trices, à une mixité des genres, à une vaste copulation de nos disciplines artistiques. L’artiste ne peut et ne doit pas être un.e discipliné.e artistique. L’artiste est internationaliste, multiculturel.le, transsexuel.le, de tout genre, de toute couleur, de toute origine. Il.elle se nourrit de toutes les différences, zones obscures et contradictions. Il.elle est une créature monstrueuse et sacrée, en excommunication permanente, et non un rond de cuir cultureux. Nous appelons ici à ouvrir nos scènes aux langues étrangères, aux visages, aux corps, aux gueules qui n’appartiennent pas a` la représentation ultranormée du dominant blanc masculin. Nous en appelons à l’insolence, la subversion, la pagaille, la mixité et le mauvais goût revendiqué. Nous refusons le consensus, comme mal le plus pernicieux et dangereux pour la démocratie; nous recherchons l’esprit critique, ce qui dérange les certitudes et la bien-pensance de quelque bord politique soit-elle. Nous appelons ici à nous méfier de tous les courants majoritaires, les pensées et les modes esthétiques prémâchées. Nous appelons ici à nous méfier en premier lieu de nous-mêmes.