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Appel à volontaires ! Speed telling

Amateur.trice.s, citoyen.ne.s, filles et fils de descendant.e.s de migrations, devenez speed-tellers ! Depuis un siècle, Montluçon se construit en ville monde, nourrie de vagues successives d’immigration. Nous vous proposons de participer au speed telling, et de raconter votre histoire ou celle de vos aïeux aux confidents éphemères, le temps de rencontres flash au marché, au café et ailleurs...

informations :

04 70 03 86 08

Autours

mer. 4 octobre : rencontre-dialogue

avec l’équipe artistique et Olivier Neveux

L’ART, LA JEUNESSE ET LES TERRITOIRES Monsieur le Président, Nous ne dirons pas ici ce que nous faisons, nous artistes avec nos créations. Simplement nous dirons que nous tâchons de faire notre part, et qu’elle est de l’art et non de la culture. Nous ne fabriquons pas des représentations pour être représentatifs ni identitaires, mais pour présenter ce qui du monde est invisible, offensé et pourtant désirable. Nous ne compensons pas l’absence de places, nous défaisons les places. Parce que nous croyons à l’altérité. Autre chose est à voir dans ce monde-ci et en nous-mêmes. Si nous aidons à le voir, nous aidons à le désirer. Voilà pourquoi, en tant qu’artistes, nous pouvons aider la politique culturelle. Sans nous, elle réalise son projet: satisfaire des « besoins », de manière marchande ou utilitaire. Nous, nous ne réalisons pas son projet : nous le débordons toujours, par excès ou par dénuement. Nous faisons un trou dans son savoir et ses organismes. Et nous pouvons l’orienter par une autre connaissance : notre amour du réel. Vous, Monsieur le Président, vous êtes un Président convaincu par la modernité et la force de changement que comporte votre idée du pays. Cela vous met à hauteur de grands prédécesseurs. Grands aussi d’avoir su une chose : il n’y a pas de politique historique sans grande politique culturelle publique. Or cette politique culturelle, qu’ils allumaient au devant d’eux, donnait aussi à l’Etat le reflet positif de sa propre modernité, de sa propre confiance dans la jeunesse et dans ce qui allait venir. Aujourd’hui, ce bénéfice symbolique, l’Etat ne le retire plus de son investissement. Vous non plus, ne le retirerez pas, sans passage aux actes. Malraux, Lang, surent admirablement mettre en scène la célébration de la modernité et de la positivité d’une société nouvelle. Depuis leur ère, l’Etat n’a plus jamais retrouvé la gratification de ses efforts. La décentralisation théâtrale était un projet d’avenir après la guerre. Son maître mot était que l’art devait être le rempart subjectif contre la barbarie, qu’il devait contribuer à l’émancipation, et enfin produire de la citoyenneté. Ce projet a vieilli dans une vision par défaut : aujourd’hui la culture doit réparer, compenser les maux sociaux, ou flatter les goûts et les identités. A un projet conquérant de construction individuelle et collective s’est substitué un projet défensif de réparation des dégâts. Aujourd’hui, les politiques publiques, qu’elles soient dédiées à l’art, à la jeunesse, aux quartiers, aux zones rurales, aux publics de l’aide sociale etc., se présentent comme un feuilletage de dispositifs cloisonnés, dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont bien trop parcellaires ; dispositifs que nous n’utilisons, nous, directeurs d’établissements, qu’en nous plaignant de devoir les « contraindre » voire les détourner. S’ensuit une évaluation faussée, des pertes d’énergie considérables, une démoralisation et un ressentiment constants. En réponse à cela, on nous oppose de plus en plus que nous devrions faire alliance avec les énergies de l’entreprenariat privé. Il est vrai qu’aujourd’hui, la seule vitalité attestée, celle qui nous est constamment opposée, c’est celle des pratiques lucratives ou des visibilités médiatiques. C’est là que nous serions censés découvrir l’efficience qui nous manque, ou la rentabilité qui nous fait défaut. Faut-il le redire ? Nous croyons encore au service public. Non par nostalgie ou par conservatisme. Mais parce que nous croyons qu’on ne peut pas bâtir une société en stimulant uniquement les passions lucratives de ses membres. Parce que nous croyons qu’il faut des espaces et des moments de désintéressement, qui puissent ouvrir en chacun le sentiment de contribuer activement au destin collectif. Oui ces espaces et ces moments doivent être réinventés, mais nous contestons qu’ils ne puissent l’être qu’à travers l’exaltation du rendement, de la productivité, de la compétitivité ou plus simplement du profit. Nous pouvons tout de même avoir un peu plus d’imagination. Aujourd'hui, Monsieur le Président, il faut sauter. Affirmez, en vous appuyant sur notre Ministre et avec nous un pacte pour une nouvelle politique culturelle à l’échelle du pays. Aucune agence semi-privée pour les arts ne pourra remplir ce prodigieux don démocratique : libérer une créativité prise dans le sentiment d’une utilité citoyenne. Il faut décréter que nous avons besoin d’une politique publique qui donne à chacun les outils de la construction de soi, de l’exploration de sa propre créativité, dans un mouvement où ce qui s’affirme, c’est le sentiment de contribuer activement au destin collectif. Une politique qui ne soit pas attentive seulement à la réussite individuelle, mais qui réponde à ce que demandent les gens de ce pays, jeunes ou moins jeunes : avoir le sentiment qu’on construit un avenir commun, qu’on y est utile et nécessaire, qu’on y a sa place et son mérite. Pour cela, la politique culturelle nouvelle devra inventer des liens nouveaux entre trois champs aujourd’hui distincts : le champ des politiques en faveur des arts, le champ des politiques de la jeunesse, et le champ des territoires. Cette synergie doit passer par une remise à plat des dispositifs, l’invention en commun de nouvelles opérations, de nouvelles méthodes entre les différents ministères et avec les pouvoirs locaux. Mais surtout, elle devra s’appuyer sur des lieux concrets inédits : des prototypes. Les Centres dramatiques nationaux, comme tous les établissements de la décentralisation culturelle, peuvent être demain ces prototypes. Beaucoup le sont déjà, qui trament de nouvelles alliances entre la fabrication de l’art, l’attention portée à la jeunesse et l’exploration des territoires. En province, en banlieue, depuis des sites oubliés ou invisibles, ils cherchent l’invention de nouveaux liens, de nouveaux usages et de nouveaux communs, en puisant dans l’énergie de l’innovation artistique. Portés par le souffle de visions singulières, ils offrent une alternative à l'immédiateté et convoquent les temps plus longs de la recherche. Dans leurs dissemblances et parfois leurs désaccords, ils œuvrent à un entretien public de l’imaginaire dont notre société a profondément besoin. Les artistes sont porteurs de formes et de recompositions, de méthodes concrètes pour rendre possible l’impossible. Ils se soucient de ce qui est juste. Ils sont souvent efficaces car ils inventent.  Dans les fabriques de l’art vivant s’affirment aujourd’hui les présences nécessaires, les rencontres précieuses, les amitiés, les débats. Les branchements concrets de la nouvelle vie. C’est un programme en vérité et nous pensons que le moment est venu de nous mettre au travail et de prononcer qu’il faut entrer dans une nouvelle séquence de l’histoire des politiques publiques en matière de culture. Qu’il faut proposer au pays un nouveau pacte culturel. Un pacte, pour lequel nous voulons nous engager.