Actualité

La Petite Fille qui disait non

du 18 au 22 décembre de 14h à 18h : répétitions ouvertes de la nouvelle création de Carole Thibaut + rencontre mar. 19 à 18h

informations :

04 70 03 86 18

Autours

lun. 11 décembre ▸ 19h30

rencontre Art de l’actrice à l’autrice avec Céline Delbecq au Conservatoire André-Messager

mer. 13 décembre ▸ 18h30

conférence d’Hélène Fresnel: Folie et société : faire taire les insensé.e.s ?

mer. 13 décembre : rencontre-dialogue

jeu. 14 décembre : après-spectacle

grande tablée

Le Mouvement du monde

  Il est question de commencer ici une troisième année de direction. Déjà. Il est question de continuer à développer, à tirer les lignes, à approfondir les principes. Il est question de s’entêter. De faire sa tête de mule. D’y aller parfois envers et contre tout. Il est question de tenir debout jusque dans les vacillements de l’épuisement parfois. De ne pas s’arrêter. De ne pas céder à la tentation de la systématisation. De l’exemplarité. Du petit cadre. Il est question de continuer à travailler, d’inventer encore et encore, de tentatives en tentatives, de tenter d’avancer toujours, d’épouser le mouvement, d’oser le grand large.   Mais, pauvres humains apeurés que nous sommes, nous passons notre temps à vouloir arrêter le temps, le figer une fois pour toutes, à faire des photographies du réel, à chercher la définition qui cadre, tente d’arrêter le réel mouvant dans une image figée, et à dire « Voyez c’est cela cette chose ». Et tout le monde de faire « Ouf ». Ouf une définition claire, arrêtée dans le temps, voilà qui est rassurant.   La culture c’est ça. Les femmes c’est ça. La banlieue c’est ça. Les immigré.e.s c’est ça. La France c’est ça. Le théâtre c’est ça. L’art c’est ça. Etc.   T’auras beau faire, le temps et le réel courent plus vite que le temps qu’il te faudra pour dire le mot.   La tentative artistique ce serait peut-être ça : cette tentative toujours recommencée de raconter le mouvement perpétuel du monde, de ses grands déplacements à ces minuscules frissonnements, tenter de saisir l’instant indicible, incernable, ce petit morceau du mouvement perpétuel, une bribe d’une réalité mouvante parmi d’autres.   L’artiste serait alors ce trublion qui saisirait tout avec ses doigts sales, ne se laverait pas les mains avant d’avaler gloutonnement des morceaux du réel, les machouillerait en bavant, avancerait à tâtons dans le noir en gueulant JE CHERCHE UN HOMME et se cognerait à tous les murs parce qu’il.elle aurait oublié sa lanterne ou qu’il n’aurait plus de mèche ou que les ombres lui formeraient des rêves sans fin, se ferait mal au bide et digèrerait tant bien que mal, recracherait, pèterait et défèquerait, et parfois alors on déclarerait que son caca est d’or, comme l’ânesse du père incestueux de celle qui en fit sa peau, et souvent on dirait qu’il aurait mieux fait de garder sa merde pour lui, et parfois on dirait aussi que ça pue trop, ça dérange le bon bourgeois, nettoyez moi cette puanteur, franchement vous y voyez un morceau de réel ou de vrai vous ? moi je n’y vois qu’une pauvre merde sans lanterne. L’artiste ne saurait être un bon agent culturel d’un réel qui se voudrait « commun » et bien défini, bien cadré, arrêté une fois pour toutes. Ce qui bouleverse, diffère, fait singulier, fait divers, bouge, déplace, secoue, dérange, bouleverse notre vision plus ou moins figée du monde, ce serait ça l’art. […]

Carole Thibaut, extrait de la revue n°3 à paraître en janvier 2018