Le blog des Îlets - In Situ

In Situ lycée Paul-Constans #2

Le lycée Paul-Constans a accueilli en décembre dernier une résidence de création sur la thématique de l’identité, réunissant la metteure en scène Nathalie Garraud, l’auteur Thomas Gornet*, la vidéaste Camille Lorin et les comédiens Gaël Guillet, Isabelle Monnier-Esquis, Laëtitia Le Mesle* et Cécile Vitrant*. Les artistes ont investi les lieux durant 5 jours et ont questionné lycéens et personnels de l’établissement à travers des affiches et des interviews. La restitution a eu lieu dans l’amphithéâtre du lycée, réunissant pas moins de 170 spectateurs qui ont pu découvrir le texte écrit au cours de cette résidence ainsi que des extraits des interviews.

*ActeurFracas

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– Vous souvenez-vous de l’âge auquel vous êtes tombé amoureux pour la première fois ?
– Combien de personnes pensez-vous pouvoir aimer tout au long de votre vie ?
– Combien de personnes peut-on aimer à la fois ?
– Y a-t-il des gens que vous vous sentez obligé d’aimer ?
– Est-ce que vous êtes amoureux ?
– Est-ce que celui ou celle que vous aimez vous ressemble ?
– Est-ce que vous croyez que l’amour rend aveugle ?
– Comment êtes-vous quand vous êtes amoureux ?
– Pouvez-vous dire une chose que vous feriez uniquement par amour ?
– Pouvez-vous dire une chose que vous ne feriez même pas par amour ?
– Est-ce que ça vous rassure d’être amoureux ?
– Est-ce que ça vous effraie ?
– Est-ce qu’on perd quelque chose quand on aime ?
– Est-ce que vous pensez que votre vie amoureuse ressemble à celle de vos parents ?
– Êtes-vous jaloux ?
– Avez-vous déjà été injuste envers quelqu’un ?
– Avez-vous déjà subi une injustice ?

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– Est-ce qu’être juste, c’est simplement appliquer la loi ?
– Existe-t-il une justice sans lois?
– Une loi peut-elle être injuste ?
– La justice est-elle la même pour tous ?
– Vous êtes-vous déjà rêvé en justicier ?
– Pourquoi la justice est-elle souvent représentée par une balance ?
– De quel droit les juges nous jugent-ils ?
– Est-ce qu’il est inévitable qu’il y ait des riches et des pauvres ?
– Est-ce qu’il est juste qu’il y ait des riches et des pauvres ?
– Est-ce que vous pensez que la vérité est toujours bonne à dire ?
– Est-ce que vous mentez ?
– Qu’est-ce qui change physiquement chez vous quand vous mentez ?
– Avez-vous déjà pris du plaisir à mentir ?
– Est-ce que vous pensez que plus on a du pouvoir plus on ment, ou l’inverse ?
– Est-ce que vous pensez qu’on ment plus quand on est jeune ou quand on est vieux ?
– Quel est pour vous l’un des plus grands mensonges de l’histoire ?
– Trouvez-vous que ce soit lâche de mentir ?
– Est-ce que vos parents / vos enfants vous ont déjà menti ?
– Faut-il du talent pour bien mentir?
– Pourquoi préfère-t-on être beau que laid ?
– La beauté est-elle la même pour tous ?
– Qu’est-ce qui peut rendre beau ?
– Qu’est-ce qui peut rendre laid ?
– A quoi ressemblent les gens que vous trouvez beaux ?
– Quelle est la chose la plus belle pour vous ?
– Y-a-t-il une chose que vous êtes seul à trouver belle ?
– Est-ce qu’on peut finir par trouver une chose belle parce que tout le monde dit qu’elle est belle ?
– Est-ce que le commerce pervertit la beauté ?
– La beauté est-elle périssable ?
– Quelle est la chose la plus laide pour vous ?
– Pour vous, qu’est-ce qui est beau dans ce lycée ?
– Est-ce que vous êtes libre ?
– Comment savez vous que vous êtes libre ?
– Qu’est-ce qui vous empêche d’être libre ?
– Qu’est-ce qui vous permet d’être libre ?
– Est-ce que vous empêchez d’autres gens d’être libres ?
– Des prisons surpeuplées, est-ce que c’est juste ?
– Quelle est la chose dont on vous prive qui porte le plus atteinte à votre liberté ?
– Vous sentez-vous libre de vous habiller comme vous voulez ?
– Vous trouvez-vous beau ?
– Que trouvez-vous beau en vous ?
– Que trouvez-vous laid en vous ?
– Vous interdisez-vous de détester une personne qui vous ressemble ?
– Est-ce facile de penser librement, par soi-même et sans influence ?
– Êtes-vous toujours libre de dire ce que vous pensez ?
– La liberté d’expression peut-elle être sans limite ?
– Ne devriez-vous pas arrêter de vous sentir libre de parler quand bon vous semble?
– Obéir est-ce renoncer à sa liberté ?
– Peut-on être libre et vivre en société ?
– Est-on obligé d’être libre ?
– Est-ce que vous aimez danser ?
– Si vous, vous deviez faire une statue de la liberté, elle serait comment ?
– Est-ce que votre pensée est plus riche que vos paroles?
– La parole est-elle épuisable ?

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– La parole est-elle épuisante ?
– Est-ce qu’une petite question doit être posée par une petite personne ?
– Est-ce qu’une grande question doit être écrite plus grosse qu’une petite ?
– Est-ce qu’une question sur un mur est plus dangereuse qu’un ficus un plastique dans un hall?
– Est-ce qu’une question peinte sur du papier kraft a plus de valeur qu’une interrogation écrite sur papier quadrillé ?
– De quel droit les artistes créent ?
– De quel droit les artistes s’intéressent aux spectateurs, ou pas ?
– De quel droit les spectateurs ne s’intéressent pas aux artistes, ou l’inverse ?
– Est-on obligé d’être libre d’aimer l’art ?
– Est-il utile de se poser cette question ?
– Faut-il se poser des questions ?
– Faut-il poser des questions ?
– Pourquoi poser une question dont on connaît déjà la réponse ?
– Faut-il prendre en compte une réponse qui ne répond pas à la question ?
– Est-il possible qu’une réponse devienne une question ?
– Une réponse peut-elle se cacher dans une question ?
– Une réponse peut-elle répondre à une réponse ?
– Une réponse peut-elle exister sans question ?
– Une question-réponse se questionne ou se répond ?
– La question de la réponse se questionne-t-elle ?
– Une question laissée sans réponse s’épuise-t-elle ?
– Une réponse abandonnée par sa question meurt-elle ?

En vidéo, Gaël et Thomas s’entraînent à l’exercice de l’interview. Gaël pose la question « Est-il juste qu’il y ait des riches et des pauvres ». Thomas se lance dans une réflexion sur le déterminisme social

[vimeo 120142694 w=500 h=281]

In situ – Lycée Paul Constans from LE FRACAS on Vimeo.

Un slash (/) à l’intérieur d’une réplique indique que la suivante doit commencer à cet endroit.

Gaël : je me sens vraiment pas bien là.

Nath : Thomas, recommence ta théorie. Ta théorie de capitaliste.

Isa : Vous voulez que j’ouvre une fenêtre ?

Tom : Attends. C’est pas ce que je disais. Je disais juste qu’on peut imaginer trouver ça normal qu’un gars issu d’un certain milieu n’arrive pas à en sortir. C’est tout.

Gaël : Tu veux vraiment que je vomisse. (…) Et tu penses que c’est dû à quoi ?

Tom : Ben je sais pas. / C’est dû à. Je sais pas. Je disais ça

Isa : J’ouvre une autre fenêtre.

Gaël : Par exemple à des discours réactionnaires comme les tiens ?

Tom : Pardon ?

Nath : C’est ça. T’es pas d’accord, Gaël. T’es pas d’accord.

Gaël : Je ne suis pas d’accord, Thomas. / Je ne suis pas d’accord.

Titi : J’ai froid

Tom : Oui ben moi non plus, en fait.

Gaël : Tu connais le pouvoir des mots ?

Isa : Je ferme la fenêtre.

Nath : Voilà. Reviens dans le questionnement maintenant. Pense à Socrate. Je le dis tout le temps aux acteurs de la compagnie. N’oubliez pas Socrate.

Gaël : Pourquoi tu dis ça, Thomas ?

Nath : Non ! Non ! Pas de « pourquoi » tout seul, comme ça ! Non ! Pas de pourquoi !

Gaël à Nath : Mais. Euh. Je ne suis pas d’accord et je reviens dans le questionnement, non ?

Tom : Je suis pas Pierre Gattaz, non plus.

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© Cécile Dureux

Nath à Gaël : Mais pas comme ça !

Gaël : Mais comment ?

Titi : Oui. Comment ?

Isa : Et pourquoi ?

Nath : Pas de « pourquoi » ! Socrate ! Socrate ! La Spirale ! Tourne autour. Tournez autour.

Gaël : Attendez. (A Tom) Est-ce que tu voudrais faire disparaître la classe ouvrière ?

Tom : Non mais c’est quoi, ce procès ?

Isa : Je comprends pas, Nathalie. Excuse-moi mais je ne comprends pas.

Cécile : C’est pourtant simple.

Titi à Cécile : Ben forcément, toi t’es la reine des interviews.

Cécile : N’importe quoi.

Tom : Je me suis mal fait comprendre, en fait.

Nath à Tom : Non mais tu peux arrêter de tout prendre pour toi ? On fait un exercice, là. On s’en fout de pour qui tu votes, c’est pas le sujet. Ce qu’il faut chercher, les gars, c’est entrer dans la pensée de l’autre, dans son raisonnement, que ce soit pour le défaire ou le préciser.

Tom : Je suis pas un connard de droite.

Titi : C’était violent, quand même, tes propos sur les magasiniers.

Tom : J’ai un projo dans la gueule, une caméra qui me scrute, des questions mega-philosophiques que je m’étais jamais posées avant de m’asseoir sur cette chaise et je devrais être capable de raisonner correctement ?

Gaël : Effectivement. Ça ne devrait pas t’empêcher de réfléchir.

Tom : Je dis juste que les gens qu’on interviewe, on les place dans cette situation. Et voilà, je viens de la tester et je me suis senti comme un lapin dans des phares et du coup je dis des conneries.On devrait y réfléchir, c’est tout.

Isa : On n’a pas le temps. C’est vendredi, la restitution. A 14 heures, en plus.

Cécile : Attendez. Calmez-vous, là.

Nath : Les acteurs, c’est fou comme ça s’agite.

Gaël : Au bout d’un moment, je ne sais plus pourquoi je fais ça. Pourquoi je suis face à un ado et que je lui demande ce qu’il pense de par exemple la liberté représentée en balance. Ça me stresse. Je vous jure. Ça me perturbe de rentrer dans leur intimité.

Isa : Je te comprends complètement, t’as raison. Moi je suis là, face à la personne, et je creuse dans ma tête à la recherche d’une question et soit je ne trouve rien, soit j’en trouve une toute petite. Je la pose, et alors je me mets en retrait, je me vois faire, je vois mon corps se mettre à distance, comme si l’autre était un monstre.

Gaël : C’est vrai, quoi. C’est super intime la philo.

Cécile : Se questionner sur la justice, c’est pas faire de la philo, c’est simplement la base du vivre ensemble.

Gaël : Oh non. Le « vivre ensemble ». Pitié. Tout, sauf cette expression horrible.

Titi : Moi, j’ai trop peur deposer des questions connes.

Tom : Des questions du type / de celles de Gaël, quoi.

Titi : Enfin, pas connes mais des questions qui les mettent mal à l’aise. Regardez ce que ça a fait sur Thomas. Et moi, ça me crispe totalement. Je transpire, j’ai le nez qui devient rouge, j’ai envie de m’arracher les cheveux, j’ai la paupière gauche qui palpite, je fais des clins d’oeil. Je me sens nulle. J’ai l’impression qu’il faut sacrément maîtriser son sujet pour pouvoir interviewer des gens.

Nath : T’as pas besoin d’être hyper pointue sur le sujet. L’important c’est pas de savoir, c’est d’avoir le désir de savoir. Le désir. C’est ça la clef.

Cécile : Je crois, en fait, que ce que veut dire Nathalie c’est que nous devons plus prendre en compte la personne qu’on interviewe, qui est en face de nous.

Nath : C’est ça ! Mais oui ! C’est ça ! On avait écrit « Qui sommes nous ? » sur la façade du lycée et de fait on ne pense qu’à nos problèmes d’acteurs. Mais c’est les gens qui vivent ici qui nous intéressent. C’est « Qui sommes vous ? » qu’il aurait fallu écrire.

Titi : Sauf que « Qui sommes-vous ? », c’est pas français.

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© Cécile Dureux

Cécile : J’adore ça, moi. Par exemple tout à l’heure, c’était fou de tomber sur trois ados de suite qui nous disent que c’était mieux avant, à l’époque de leurs parents. C’est dingue. Moi je pensais que des jeunes diraient que leur présent est moins naze que le passé de leurs parents.

Isa : Mais toi tu leur as parlé de la jeunesse de leurs parents comme si ils avaient fait mai 68. Mais leurs parents, en fait, ils ont nos âges. C’est nous, leurs parents.Et franchement, vous avez l’impression qu’on était plus ouverts, plus revendicatifs, plus vivants ? Qu’on était plus libres ?

Gaël : Ben je pense, oui. Mais c’était plus facile pour nous, aussi. T’as vu la pression qu’on leur met, maintenant? Je veux dire, la marchandisation du corps, les réseaux sociaux, les téléphones portables, quand même. Je veux pas jouer au vieux con mais. C’est pas rien.

Tom : Moi j’étais libre mais j’en faisais rien, de cette liberté.

Isa : C’est quoi, notre place, face à ces jeunes qu’on interviewe ? On est qui, pour faire ça ? Moi ça me dérange parce que je me sens parfois aussi jeune qu’eux. Et quand j’interviewe un prof, c’est encore pire, j’ai l’impression d’avoir douze ans. Je sais plus qui je suis moi-même, à force.

Titi : Ces questions, ça me remue, moi, ça me remue. Je crois que je commence à comprendre en quoi le « Qui sommes-nous ? » de l’entrée était subversif. Rien que de me poser la question à moi-même, « Qui suis-je ? », ça me bouleverse.

Isa : Titi, tu vas pas cautionner une censure, quand même.

Titi : Je ne la cautionne pas ou je l’excuse pas, je dis que je comprends.

Nath : Attendez. Calmez-vous. Ce qu’il faut, c’est prendre du recul.Pardon de revenir à Socrate mais. Camille, ça fait combien 2014 moins -399 ?

Camille : Quoi ?

Tom : « Moins moins », ça fait pas « plus » ?

Nath : Il y a plus de 2400 ans, en -399, Socrate est mort pour ça. Un tribunal l’a jugé et l’a condamné à mort pour ça.

Gaël : Pour quoi ? un problème de math ?

Cécile : On l’accusait de pervertir la jeunesse. (elle montre un livre)Apologie de Socrate. Platon. Tu te souviens pas de l’extrait qu’on a lu le premier jour ?

Tom : Encore une lecture.

Isa : Pour une fois qu’on peut faire un peu notre métier.

Cécile : « De surcroît, les jeunes qui spontanément me suivent (…) se plaisent à m’entendre interroger les gens, et eux-mêmes souvent m’imitent : ils entreprennent ensuite d’en interroger d’autres. Ce faisant je crois qu’ils découvrent à l’envi des gens qui croient savoir quelque chose mais ne savent que peu de choses ou même rien du tout. De là donc la colère de ceux qu’ils ont interrogés : ils se fâchent contre moi au lieu de s’en prendre à eux-mêmes et ils racontent qu’il y a un certain Socrate, la pire infection, qui corrompt les jeunes. Et si on leur demande ce qu’il fait et ce qu’il enseigne pour corrompre ainsi, ils n’ont rien à dire, puisqu’ils l’ignorent ; mais de peur de paraître dans l’embarras, ils vous débitent ce qui traîne partout contre quiconque s’adonne à la philosophie : qu’il « enseigne les phénomènes célestes et les choses souterraines », qu’il « ne croit pas aux dieux », et que « d’une mauvaise cause il en fait une bonne ». Car ils n’aimeraient pas, je pense, dire la vérité : qu’ils ont été démasqués en train de faire semblant de savoir alors qu’ils ne savent rien. Alors, comme ils sont, je crois, ambitieux, violents, et nombreux, et comme, serrant les rangs, ils tiennent contre moi un langage persuasif, ils vous ont rempli les oreilles depuis longtemps, et aujourd’hui encore, de leur violentes calomnies. »

Cécile : Et à la fin, il choisit de boire la cigüe. Il choisit la mort.

Titi : On n’a rien à craindre. La peine de mort, ça fait longtemps qu’elle a été abolie en France.

Isa : Oui bon. On va pas mourir. Mais de toute façon, moi, je suis pas Socrate. Ni Pascale Clark ou Claire Chazal. Je suis comédienne.

Nath : Bon déjà, comparer Socrate à Pascale Clark, c’est proche du blasphème

Isa : Mais je les compare pas.

Nath : Et pour être Socrate, il faudrait que tu sois tout simplement Isabelle. Avec tes questionnements, tes doutes et ton envie de savoir.

Tom : D’autant que Socrate, il savait rien. Comme toi, quoi.

Isa : Je t’emmerde.

Titi : Là où je rejoins Isa, c’est que mon métier, c’est de dire les mots des autres, pas de faire accoucher les autres de leurs mots.

Cécile : C’est joli, ça.

Nath : C’est précisément sur ce terrain qu’il faut qu’on aille. Sur le terrain de ce qu’on ne sait pas faire. Sur des sables mouvants. Des jointures de plaques tectoniques. C’est faire un pas de côté. Ça fait peur, mais c’est essentiel. Demandez à Camille. Hein, Camille ?

Isa : Bon. Je vais être la chiante qui pose LA question : mais en quoi c’est du théâtre, ce qu’on fait, dans ce lycée ?

Gaël : C’est vrai, ça. Est-ce que poser des questions dans un lycée est théâtral ?

Titi : On aurait aussi bien pu lire les questions dans les couloirs. Ou interrompre des cours, les hurler et vite refermer la porte.

Cécile : C’est ça qu’on attend de nous. Peut-être. Mais est-ce que ça a du sens aujourd’hui, de faire ça ? On n’est plus dans les années 90, quand il fallait remuer la société avec de la provoc à tous les étages. Maintenant, on est bombardés à longueur de journée de décibels, de couleurs et de rythmes binaires. Qu’est-ce que tu veux hurler quoi que ce soit dans les oreilles de qui que ce soit ?

Titi : Bon ben si il faut pas faire de provoc, on aurait pu aussi jouer un spectacle ici, dans l’auditorium.

Isa : Au lieu d’une lecture de dix minutes suivies de deux heures de vidéo.

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Nath : Vous avez pas envie d’être là où ne nous attend pas ? Pour que les gens aussi se retrouvent là où ils ne pensaient pas aller ?

Gaël : Et pourquoi Thomas a pas écrit des textes, puisqu’il est auteur.

Tom : Ben. J’avais pas trop le temps / et puis

Nath : Mais non mais ça n’a rien à voir. Te justifie pas. On a dit que rien ne serait préparé avant. Un In Situ, c’est ça, non ? C’est créer pour et dans un lieu. On n’arrive pas avec nos trucs et nos réponses toute faites.

Tom : / Oui oui.

Gaël : Avoue que c’est quand même compliqué. On est comédiens et on joue pas, toi t’es metteur en scène et tu fais pas de mise en scène et lui il est auteur et il écrit pas.

Isa (montrant le texte qu’ils sont en train de dire) : Il a écrit ça, quand même.

Nath : Ok. Gaël. C’est quoi, le théâtre, sinon une situation précise – ici : des acteurs qui posent des questions – dans un contexte précis – ici : un lycée -, dans un cadre précis, à savoir une chaise face à une caméra. Et ça produit quoi ? Du doute, de la remise en cause, de la remise en jeu, des rencontres entre des êtres humains. Et c’est parce qu’il se passe quelque chose qu’on n’attendait pas que, justement, c’est intéressant et que ça crée du théâtre.

Titi : Ça me travaille, c’est vrai. Ça m’épuise. Mais ça veut dire que ça travaille.

(…)

Cécile : Vous vous souvenez de ce qu’ils disent, à peu près tous, à la fin d’une interview ?

Isa : « Wow ! Les questions ! »

Titi : « C’est tordu votre interview»

Tom : « Ouh la la la, la philo à 9h du mat » !

Gaël : Ils disent « merci », aussi, parfois.

Cécile : Exactement. Et pourquoi, à votre avis ?

In Situ, lycée Paul Constans #1

Du 15 au 19 décembre, Le lycée Paul Constans a accueilli un In Situ : une résidence de création sur la thématique de l’identité. La metteure en scène Nathalie Garraud, l’auteur Thomas Gornet*, la vidéaste Camille Lorin et les comédiens Gaël Guillet, Isabelle Monnier-Esquis, Laëtitia Le Mesle* et Cécile Vitrant*, ont investi les lieux durant 5 jours.

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Identité :
Caractère de ce qui demeure identique ou égal à soi-même dans le temps.
Caractère de ce qui est permanent; conscience de la persistance du moi.
Caractère de deux ou plusieurs êtres identiques.
Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu’un ou ne représente qu’une seule et même réalité.
Ensemble des traits ou caractéristiques qui, au regard de l’état civil, permettent de reconnaître une personne et d’établir son individualité au regard de la loi.

Synonymes : Permanence, communauté, parenté, accord, équivalence, consubstantialité, unité, uniformité, égalité…

Antonymes : altérité, contradiction, contraste, différence, dissemblance, opposition, distinction, inégalité…

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« Ce qui est commun, ce qui diffère… voilà, il me semble, ce que le travail sur la notion d’identité nous propose comme recherche.
Si nous étions des scientifiques, notre technique consisterait à établir un protocole d’expérience qui puisse faire apparaître une relation d’identité ou au contraire d’altérité, dans un environnement donné, sur des sujets donnés.
Nous ne sommes pas des scientifiques… pourtant ce qui m’intéresse dans cette proposition de travail in situ, c’est l’idée d’une recherche empirique sur le terrain, d’une enquête, qui nous fasse venir là avec des questions plutôt qu’avec un savoir ou avec des objets préalablement construits par ce savoir (textes, spectacles, etc.). »
Nathalie Garraud

L’objectif des artistes était d’utiliser le lycée comme terrain d’enquête et d’y mener pendant quelques jours des interviews (avec des lycéens, des personnels de l’administration, des profs…) puis d’utiliser ensuite la matière récoltée pour une restitution publique alliant jeu et vidéo.

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Les comédiens ont préparé des questions, sur cinq thématiques : l’amour, la justice, le mensonge, la liberté et la beauté. Certaines de ces questions ont été affichées dans tout le lycée, d’autres ont été retravaillées pour les interviews.
Celles-ci ont été menées par tous les membres de l’équipe dans différents lieux du lycée, installés pour la semaine. Ces lieux d’interviews étaient repérés et repérables, par les élèves ou les personnels du lycée qui ont pu venir quand ils le voulaient ou pouvaient.

La restitution a pris la forme d’une lecture du texte écrit par l’auteur Thomas Gornet, ayant pour point de départ ces questions et la diffusion d’une vidéo proposant quelques extraits des différentes interviews.

*ActeursFracas

In Situ LEM #2

Du 1er au 5 décembre, le LEM a accueilli le projet In Situ : une résidence d’artistes du Fracas. L’auteure Magali Mougel, le metteur en scène Guillaume Cantillon et les comédiens Catherine Lafont, Laëtitia Le Mesle*, Christophe Noël, Cécile Vitrant* et Valérie Vivier* ont investi le lycée toute la semaine pour créer une forme théâtrale à destination des lycéens, sur le thème de l’identité.

Différents groupes de lycéens ont pu rencontrer les artistes : les 1ères spécialité théâtre ont travaillé sur la communication du projet en créant des affiches et en relayant l’information sur les réseaux sociaux avec l’association lycéenne du CVL. D’autres classes de théâtre, secondes et terminales ont pu assister à des temps de répétitions.

La petite forme s’est jouée dans les étages du bâtiment d’externat, en déambulation, les spectateurs se déplaçant d’un lieu à un autre, guidés par les comédiens dans leur jeu. Un filage public, une générale et deux représentations ont rassemblé environ 160 élèves.

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« Je me suis fait couper les cheveux.
Raser la tête.
Avant on m’appelait Madame.
Maintenant on dit
Ton titre de transport jeune homme.
Elle, elle me dit
C’est le retour des années 80 ?
J’emmerde les années 80.

Quelques jours plus tard je suis à une terrasse de café.
Je bois pas du café
Je bois de l’alcool.
Un homme me salue à la terrasse de café.
C’est un ami à elle.
Il me dit
Salut Jeune homme.
Elle, elle rit.
Elle a le rire con.

C’est une conne.
Je ris pour faire croire que c’est drôle.
Que ça me va.
Alors elle et moi rions.»

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« -. Tu n’en as pas marre de nous faire la honte ?
-. Je vais apprendre l’hébreu.
-. N’importe quoi.
-. Je vais apprendre l’hébreu.
-. Hors de question.
-. Je m’en fous.
-. Non, on ne s’en fout pas mademoiselle, c’est non.
-. Et pourquoi ?
-. Parce que c’est moi qui décide.
-. Mais merde, j’ai le droit d’apprendre l’hébreu.
-. C’est non.
-. Mais pourquoi.
-. Parce que.»

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« La vie n’a pas de charme.
Sans doute que toute autre planète est préférable à la terre.
Je regarde les magasines
Je ne me reconnais pas dedans.
Je regarde les gens rire
Je ne me reconnais pas dedans.
Je regarde ce que les gens mangent
Je ne me reconnais pas dedans.
J’écoute la façon dont les gens rêvent, ce à quoi ils rêvent je ne me reconnais pas dedans.
Et le ciel au dessus de ma tête pourrait me faire croire que sans doute il pourrait y avoir une place pour chacun ?
C’est avec cette idée que je suis arrivée ici.
Je demandais peu, j’ai finalement trouvé moins. »

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« Vous n’avez pas mis de photo.
J’ai oublié j’ai dit.
Vous auriez du mettre une photo.
J’ai répondu que je savais.
Tout cela prête à confusion.
J’ai compris.
Voyez-vous
Vous venez et je ne suis pas certaine que ça vaille le coup de continuer à échanger.
Vous auriez mis une photo
Nous aurions tout de suite pu anticiper la tournure de notre entretien
Mais vous n’avez pas mis de photo
Aussi c’est un peu comme si vous nous forciez la main
Et maintenant nous sommes dans l’indécision de pouvoir savoir si nous allons poursuivre notre entretien.
Vous le saviez pourtant que d’un point de vue de la nomenclature et des prérequis en terme de rédaction de Curriculum Vitae vous vous devez de mettre une photo
La photo elle permet de révéler la nature de votre identité.
C’est qu’une candidature pour un poste de carrossier
Je lui dis.
Vous minimisez la nature de l’offre ?
Je ne minimise pas, je réponds. »

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

 « Mais aujourd’hui tu es inquiet.
« Je suis inquiet, personnellement et radicalement inquiet, parce que je sens qu’on est en train de venir foutre en l’air quelque chose. »
Tu es inquiet parce que tu sens que là il y a comme un vent que tu n’avais jamais prévu.
« J’aime que tout soit bien rangé, j’aime que tout soit à sa place.
J’aime l’ordre le respect, je me retrouve dans l’ordre, le respect
Alors quand on aime l’ordre et le respect, il y a des transmissions de repère à ne pas bafouer. »
Tu es inquiet de ce qu’on essaie de te dire.
Égalité entre homme et femme.
Théorie du genre.
Construction de son identité en fonction de ses préférences.
Tu te fous à poil, tu prends Le dico d’anatomie et des maladies que l’Infirmière magazine avait offert à ta mère et tu regardes ta /
Tu regardes.
Enfin tu te regardes à poil et tu compares l’appareil féminin à ton appareil
Et tu en déduis
Qu’il faut pas prendre les gens pour des cons »

In Situ Lycées

IN SITU Lycées
Le projet In Situ c’est un metteur en scène, un auteur et cinq comédiens réunis sur un même établissement scolaire pendant une semaine, pour inventer et répéter une œuvre éphémère sur le thème de l’Identité.

IN SITU AU LEM
Du 1er au 5 décembre, le metteur en scène Guillaume Cantillon travaille avec l’auteur Magali Mougel pour élaborer le dispositif présenté aux élèves. D’une part des répétitions ouvertes à tous durant la semaine et d’autre part une restitution finale. Les comédiens présents sur le projet sont Catherine Lafont, Laëtitia Le Mesle*, Christophe Noël, Cécile Vitrant* et Valérie Vivier*.

Quelques notes de Magali Mougel :
« 5 récits qui se convoqueraient les uns les autres. Un pour chaque acteur en somme.
Qui pourront aussi être portés de façon chorale.
L’un réinterroge : « c’est quoi l’identité qu’on nous transmet ? C’est quoi de regarder mourir sa mère quand elle se casse avec un secret ? »
L’un réinterroge la question garçon/fille.
L’un interroge c’est quoi être une femme (« la femme ou la difficulté de s’exprimer » dirait Copi)
Dans les deux premières tentatives il y a toujours d’autres voix convoquées. A voir si c’est l’un d’entre nous ou un élève.
Traverser les temporalités et différentes questions identitaires, réussir à faire des jolis petits objets indépendants. (Cela mettra tous les acteurs sur le feu, avec une forme chacun, à défendre pleinement) »

Quelques notes de Guillaume Cantillon :
« Au sein du lycée, j’ai fait des repérages et j’ai choisi des espaces que nous investirons.
Chaque espace sera l’endroit qui cristallisera des questions liées à l’identité et à la transformation, et chacun des personnages sera lié à un lieu et à une expérience de vie.
L’idée est aussi que la nature des textes (et la façon de les aborder) soit toujours différente, pour répondre à mon envie de travailler sur les théâtralités.
A propos des textes, les acteurs ne les découvriront qu’à partir du premier jour de répétition.
Nous allons collaborer également avec un groupe d’élèves, relais de notre travail dans le lycée et pourquoi pas intégrés dans le « spectacle ». Toute la semaine, nous répèterons donc « à vue » des élèves, dans divers recoins du lycée et nous montrerons notre forme le dernier jour, le vendredi, en allant d’espace en espaces.

Quelques réflexions/notes à propos des espaces :
devant gymnase lem
Un espace à l’entrée du lycée que j’aime bien car il offre une butte comme gradinage et un espace « scénique » latéral et sans profondeur, et j’aime bien la structure du bâtiment derrière. On a même un lampadaire comme mat (ou comme barre de pole dance)…

Galerie LemLe corridor central du lycée est intéressant parce qu’on pourrait y jouer sur toute (ou presque) sa longueur. Il peut être bordé de spectateurs, et j’y vois aussi une piste, lieu de la performance sportive, de la technicité, du dépassement de soi, de l’obsession sportive, donc du travail sur son propre corps, l’attention qu’on lui porte, la brutalité qu’on lui inflige.
On a envie de parler de transformation physique/sexuelle, mais pourquoi ne pas parler du culte du corps performant comme identité ?

 Le gymnase en contre-bas, et les baies vitrées en hauteur. J’imagine tout de suite des acteurs (un acteur) en bas et les spectateurs qui regardent à travers les vitres, avec pourquoi pas, d’autres acteurs mêlés au public qui ont en charge le texte, et qui accompagnent le travail visuel de ceux (celui) d’en bas.

 Le fameux labyrinthe.
Alors évidemment, on pense au Minotaure, le roi de l’hybridation, mais ça me fait surtout penser à Ariane, qui a trahi son père par amour pour Thésée et qui se retrouve finalement abandonnée.
La transformation liée à l’amour. Le choix fait en conscience de trahir pour se sauver. Mais elle passe également, après son abandon, à un statut d’immortelle puisqu’elle épouse Dyonisos.
On a aussi une belle métaphore de l’adolescence.
 
Je l’aime bien le terrain de basket avec son vieux goudron.
J’ai bien envie de renoncer aux espaces intérieurs (classes, couloirs), pas assez grands (mais à vérifier).
Je pense aussi beaucoup aux « Métamorphoses » d’Ovide et notamment à Salmacis et Hermaphrodite, dont la fusion est provoquée par l’amour et le désir (« Les métamorphoses » par Gilbert Lely, c’est très beau.)
Ah oui, l’extrait d’un article sur le travestissement dans les inrocks qui m’a fait sourire :
« Et bien sûr, je pense que le genre est un déguisement, que tout le monde se déguise…A commencer par les gens qui défilent à la manif pour tous. Eux-même se sont construit ce déguisement de réac, qui va à la messe, etc. Personne n’est naturellement comme ça. » Philippe Djian
Le réac, identité provisoire qui peut migrer… Et si on racontait aussi l’enfilage d’une carapace réac face à l’avancée de la société ? »

IN SITU A PAUL CONSTANS
A Paul Constans, du 15 au 19 décembre, la metteur en scène Nathalie Garraud travaille avec l’auteur Thomas Gornet*, la vidéaste Camille Lorin et les comédiens Gaël Guillet, Isabelle Monnier-Esquis, Laëtitia Le Mesle* et Cécile Vitrant*.

Quelques notes de Nathalie Garraud :
« L’idée serait d’utiliser le lycée comme terrain d’enquête et d’y mener pendant quelques jours des interviews (avec des lycéens, des personnels de l’administration, des profs…) puis d’utiliser ensuite la matière récoltée pour une restitution publique, et aussi potentiellement un  film.
J’ai l’idée que les interviews puissent être menées par tous les membres de notre équipe et toute la journée (en relais) dans trois ou quatre lieux spécifiques que nous installerions pour la semaine. Ces lieux d’interviews seraient repérés et repérables, par les élèves ou les personnels du lycée qui pourraient y venir quand ils veulent ou peuvent. Chacun des lieux pourrait proposer un dispositif d’interviews différentes (avec captation vidéo ou sonore, ou interview par écrit, etc.) »

*ActeursFracas