Le blog des Îlets

Portrait d’intervenant #12

Magali Mougel

Auteure du In Situ lycée au LEM, et de The Lulu projekt, pièce écrite pour l’atelier du jumelage du LEM.

© Jean-Pierre Angei
© Jean-Pierre Angei

Depuis quand es-tu auteure ?

Quand j’ai commencé à écrire, je pensais que je dessinais. Je faisais des sigles et je les reliais les uns aux autres seulement parce que j’estimais que ce sigle là allait bien avec celui là. Et puis au bout d’un moment j’ai fini par comprendre que dessiner était une autre affaire et que ce que je faisais c’était écrire des phrases pour raconter des histoires. Comme j’avais envie de décider de toutes les fins, j’ai décidé de continuer à les finir en commençant par en commencer des neuves.

Comment t’es venu l’envie de faire ce métier ?

Je ne savais pas que c’était un métier. Je ne sais toujours pas si c’est un métier. En tout cas j’y passe beaucoup de temps. Tellement de temps que je n’ai plus envie d’avoir du temps pour faire un autre métier.

Depuis quand fais-tu des ateliers ?

Les ateliers, on commence à en faire et au départ c’est assez effrayant, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire ? Va-t-on être en capacité d’apporter ce qui est à apporter ? etc. Je m’y suis essayé il y a une dizaine d’année. Ou plutôt on m’a convié à animer un atelier et puis un autre s’est ajouté, puis un autre, puis les rencontres m’ont menée encore vers d’autres et maintenant cela fait partie de l’écriture. Aller vers l’autre, se confronter, se frotter, se faire déloger.

Quel est ton meilleur souvenir de spectateur ?

Piotr Fomenko. Guerre et Paix novembre 2002. Elle pleurait à sa grande table. Elle pleurait en russe dans sa robe blanche. Je comprenais ce qu’elle me disait mais je ne parle pas russe. J’ai pleuré avec elle. Je ne sais plus son nom. Je me souviens seulement du rythme de ses larmes.

Quel est ton meilleur souvenir d’atelier ?

On montait Le Mois de Marie de Bernhard avec un petit groupe. Brigitte – ça se prononce en fait BriGUitte – arrive avec des robes tout droit sorties des contrées Bavaroises. Elle l’enfile et me dit : « C’est là-dedans que je jouerai, c’était à une grande tante qui a fricotée avec les nazis, je savais qu’un jour elles me serviraient ces robes et que je finirais par la faire se retourner dans sa tombe celle-là ! » Le tremblement dans la salle quand elle est entrée. Le tremblement de la vieille dans sa tombe. On était en train de changer un morceau de l’histoire de Brigitte.

Comment décrirais-tu le Fracas ?

Le Fracas c’est pas juste un théâtre, c’est une maison. Tu y passes et tu as envie d’y rester. Elle est à la bonne taille. Humaine. Elle respire une bonne odeur. Le travail. Elle laisse le vent s’engouffrer dans ses couloirs. Ça brasse. Elle est douillette comme un rêve. Avec élégance. Elle appartient un peu chacun. On nous laisse nous en emparer.

Le chantier / 16 et 17 mai 2015

Comme chaque saison, les lycées Paul-Constans et Madame-de-Staël viennent présenter au Fracas les travaux de leur atelier théâtre. Après une année de travail, chacun des groupe présentera une pièce spécialement écrite pour eux par deux auteurs contemporains à qui le Fracas à fait une commande d’écriture. L’atelier de l’option de spécialité du LEM présentera The Lulu Projekt, de Magali Mougel et mise en scène par le comédien et intervenant Christophe Noël, et Faute d’identité de Thomas Gornet sera joué par l’Atelier du Paul, mis en scène par la comédienne et intervenante Isabelle Monier-Esquis.

Echauffement géant
échauffement géant

Les festivités commencent samedi matin pour les élèves, les deux groupes se rejoignent pour un échauffement géant, avant de faire un retour sur la saison passée et sur les spectacles qu’ils ont vus, aimés ou non, ceux qui les ont questionnés, etc.

Retours sur les spectacles de la saison
Retours sur les spectacles de la saison

Et après une dernière après midi de répétition, les jeunes comédiens vont se lancer dans le grand bain pour deux représentations : 

• samedi 16 mai à 18h30

Faute d’identité par les élèves du lycée Paul-Constans

• samedi 16 mai à 20h

The Lulu Projekt par les élèves du lycée Madame-de-Staël

• dimanche 17 mai à 11h

The Lulu Projekt par les élèves du lycée Madame-de-Staël 

• dimanche 17 mai à 14h

Faute d’identité par les élèves du lycée Paul-Constans

Vous êtes les bienvenue, l’entrée et libre mais la réservation est conseillée ici ou par téléphone : 04 70 03 86 18

The Lulu Projekt

Depuis quelque temps, mon travail d’écriture s’organise autour de territoires précis, d’une adresse particulière à un public choisi : écrire pour de jeunes enfants de 3 à 6 ans, écrire pour les habitants du quartier de La Paillade à Montpellier, écrire pour les habitants d’un morceau de bocage normand, écrire pour la campagne alsacienne et un public transfrontalier, etc.

Ces projets étaient certes tous impulsés par une commande d’une compagnie et/ou d’un théâtre. Cependant chacun d’entre eux s’est révélé être un moyen d’affiner, voire d’affirmer, un geste d’écriture. Aujourd’hui écrire en direction et pour des apprentis comédiens suivant l’option théâtre de leur lycée se présente comme un formidable défi à relever.

J’avais envie vous offrir, à vous, les 28 élèves de l’option théâtre du LEM, un texte qui puisse se faire l’écho de tous ces mouvements d’incertitude face au monde qui nous traverse à l’aube de nos 18 ans, que vous traversez aujourd’hui et que vous traverserez encore demain. Il est terrible de ne pas savoir où nous en sommes, il est terrible de ne pas pouvoir plier le monde à nos désirs, ils sont terribles et pourtant exaltants ces moments, lorsqu’on a 18 ans. 

Je me souviens que j’avais des attentes, et que j’attendais des livres, de la télé, des vieux qu’ils posent des mots sur ce que je pensais.

J’étais triste, j’étais gaie.

Et quand un mot se met à coller avec ce que l’on ressent ou qu’un mot, une image nous fait frissonner pour nous emmener au-delà de ce qu’on ressent c’est inouï. On est irradié et il est bon de se souvenir de ce type de radiation.

C’est ce que j’ai tenté de faire. 

L’écriture, le théâtre, les images que l’on produit, on le sait bien, ça ne change pas le monde, mais ça a des incidences sur des vies.

Magali Mougel

Faute d’identité

Une préface, en général, je ne les lis jamais.

J’en ai lues, déjà, mais je pense que ça remonte au temps où j’étais étudiant, quand j’étais obligé de les lire.

Et là, on me demande d’en écrire une. Je suis bien embêté.

à mon avis, je ne vais pas la lire, ma préface, quand elle sera terminée.

à peine la relire.

Je pourrais en profiter pour dire merci aux élèves-comédiens de l’atelier. Les citer un par un en leur disant que je les aime tous et qu’ils étaient formidables.

Mais à l’heure où j’écris cette préface, je n’en sais rien, car je n’ai pas vu le spectacle.

Je le leur dirai en vrai. Ce ne sera pas écrit. Ce seront des paroles en l’air, mais que je penserai.

Je pourrais aussi citer Isabelle, Florine et Laure-Anne et Jeff.

Ah tiens. Je l’ai fait.

Je pourrais expliquer comment j’ai écrit cette pièce… Mais j’ai été, dans l’ordre : content, angoissé, en retard, en manque d’inspiration, en panique, en retard, inspiré mais grippé en même temps, en retard, angoissé, délivré. C’est pas très glamour.

Je pourrais dire que c’est pas facile d’écrire pour une bonne vingtaine de personnes. Dont une majorité de personnes du même sexe. Dont certain-e-s passent le bac. Dont d’autres pour qui c’est les premiers pas sur scène.

Mais dont la totalité est passionnée, ça, oui.

Enfin, je pourrais dire qu’écrire, pour moi, c’est avoir une histoire devant les yeux. Je la vois, elle est là, et je dois pagayer comme un malade pour l’atteindre. Sauf que mes pagaies, c’est des stylos donc je vais pas très vite et ça fait mal aux bras.

Je sais pas pourquoi j’ai envie d’écrire ça dans ma préface, mais voilà. C’est écrit.

Et c’est comme ça qu’elle s’achève, ma préface.

Thomas Gornet

Portrait (chinois) d’intervenant #11

Guillaume Cantillon

Metteur en scène du In Situ au LEM.

Guillaume Cantillon Comédien depuis 1997, il a commencé le théâtre enfant dans un centre aéré et depuis le désir de théâtre ne l’a jamais quitté. Plusieurs spectacles l’ont marqué : Les cahiers de Vaslar Nijinsky avec Redjep Mitrovitsa monté par Isabelle Nanty, Poetry d’après Edgar Allan Poe monté par Bob Wilson, L’ode maritime avec Jean-Quentin Châtelain monté par Claude Regy, Au moins j’aurais laissé un beau cadavre de Vincent Macaigne et dernièrement Clôture de l’amour de Pascal Rambert.

Comment décrirais-tu ton travail ?
Je suis très attaché au texte et à la direction d’acteur. Je prépare un peu, mais c’est la rencontre avec l’auteur, ses mots et les acteurs qui dicte la nature du travail. J’adore explorer les théâtralités et travailler sur les contrastes.

Y-a-t-il un moment que tu préfères dans ton atelier ? Au spectacle ?
Dans mon atelier : lorsque les acteurs commencent à organiser entre eux des moments de travail et qu’ils s’emparent du projet, en cousant, fabriquant, etc. La nécessité apparait et leur investissement total me ravit…
Comme spectateur : lorsque le spectacle commence et que tout est possible, ouvert à l’enchantement comme à la déception.

Si tu étais une œuvre d’art ? Une gravure d’Odilon Redon

Si tu étais un film ? Série Noire de Alain Corneau, Paris Texas de Wim Wenders ou Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino.

Si tu étais une musique ? Nocturne n° 6 en sol mineur op. 15 n° 3 de Frédéric Chopin (oui, le titre est long…)

Si tu étais une pièce ? Un sapin de Noël chez les Ivanov de Alexandre Vvedenski.

Si tu étais un personnage de théâtre ? Golaud, dans Pelleas et Melisande de Maurice Maeterlinck.

Si tu étais un accessoire ? Du papier flash

Si tu étais un costume ? Un smoking

Si tu étais un lieu du théâtre ? Les dessous

Si tu étais une petite souris, dans le théâtre? Plutôt un rat de Ptiluc qu’une souris.

A dire et à garder !

Laëtitia Le Mesle et Cécile Vitrant, comédiennes permanentes au Fracas ont eu envie de concevoir un projet avec des personnes âgées. L’idée est née pendant les répétitions de De passage, dernière création de Johanny Bert, spectacle d’ombres et de marionnettes qui aborde des sujets tels que le secret et le souvenir.

L'univers de Gisèle
L’univers de Gisèle

Grandes adeptes d’Emmaüs, elles sont toutes les deux passionnées par les objets, ceux qui ont vécu, ceux qui nous laissent imaginer un passé, une histoire. Aussi, c’est tout naturellement qu’elles ont choisi de travailler à travers les objets sur les petits et les grands secrets des personnes âgées.

L'univers de Janine
L’univers de Jeanine

Le projet à débuté par une rencontre des résidents de Domitys – Les Rives du Cher (une résidence pour seniors à Montluçon), afin de leur parler du Fracas et de l’envie des comédiennes de travailler autour du secret et du souvenir. Laëtitia et Cécile sont allées à leur rencontre, avec une caisse pleine d’objets afin de mettre en branle l’imaginaire de tous au contact d’objets divers.

L'univers de Suzy
L’univers de Suzy

Gisèle, Jeanine et Suzy ont décidé de participer au projet et ont accueilli les deux comédiennes à plusieurs reprises ; celles-ci les ont questionnées sur leurs objets ou plus précisément sur leur relation aux objets. Objets chers, objets anodins, objets imaginaires comme autant de traces, de souvenirs de vie. Les secrets de vie ont laissé la place aux secrets cachés dans les objets qui nous entourent. A l’heure où l’on rejoint une maison de retraite ou une résidence senior, une question se pose : quels objets garder auprès de soi ? Une fois le choix fait, que racontent-ils de nous ? Quels secrets détiennent-ils ? Pour le découvrir, nous vous proposons de vous installer au Fracas dans les salons de Gisèle, Jeanine et Suzy : A dire et à garder ! Installation sonore et visuelle dans le hall du Fracas du 15 mai au 3 juin.

Portrait (chinois) d’intervenant #10

Fabrice Dubusset

Comédien intervenant avec les Foyers Les Caravelles et L’étoile.

Fabrice Dubusset

Quel est ton meilleur souvenir de spectacle ?
Hamlet de Shakespeare mis en scène par Patrice Chéreau à Avignon.

Comment décrirais-tu ton travail ?
Le travail au plateau est un laboratoire permanent d’exploration : des femmes, des hommes ont décidé et acceptent l’idée de partager ensemble un moment de travail d’acteur autour d’un projet, d’une histoire, d’une œuvre…

Y-a-t-il un moment que tu préfères dans ton atelier ? Au spectacle ?
Les moments de doutes, les moments de plaisirs, les moments de rires, les moments de pleurs , les moments de silence.Les moments de représentation. Presque tous les moments…

Si tu étais une œuvre d’art ? La ronde de Nuit

Si tu étais un film ? Mulholland drive – David Lynch

Si tu étais une musique ? The colony of slippermen – Genesis

Si tu étais un une pièce ? « Nul n’est méchant ! Personne n’est bon  » R W Fassbinder

Si tu étais un personnage de théâtre ? Karl Valentin

Si tu étais un accessoire ? Une plume

Si tu étais un costume ? Une robe année 40

Si tu étais un lieu du théâtre ? Les coulisses

Si tu étais une petite souris, dans le théâtre ? C’est fait !