Le blog des Îlets

Portrait d’intervenant #5

Cédric Jonchière

Intervenant au LEM, pour les 1ères spécialité Théâtre

cedricjonchiere-483f2Depuis quand es-tu metteur en scène ?

J’ai commencé à me former sérieusement en 1999. Ça coïncide avec ma première expérience professionnelle, mais j’ai vraiment plongé dans le grand bain en 2008, après la sortie de l’ENSATT (Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Techniques du Théâtre).

Comment t’es venue l’envie de faire ce métier ?

En lisant du théâtre et en en écrivant. En fait il y a eu deux étapes : une pratique en amateur, à partir d’un petit « cercle des poètes disparus » créé avec des amis au lycée, en Terminale. Et comme j’écrivais des formes dialoguées, ça a vite été, pour les copains, le prétexte à des représentations en lycée et surtout festival, l’été. Et puis un peu plus tard une rencontre fortuite avec un metteur en scène qui m’a intégré dans son équipe comme assistant. Là, j’ai rencontré mes « premiers » comédiens professionnels… Et puis ça s’est imposé petit à petit. Le déclic définitif, ça a quand même été d’entrer à l’ENSATT.

Comment choisis tu un texte ou un travail pour un groupe ?

C’est une question à tiroirs ! Plusieurs éléments rentrent en jeu : quel groupe je rencontre (nombre, âge) ? Quel partenaire je rencontre (institution, professeur) ? Est-ce que je travaille seul ou à deux ? Tous ces éléments vont déterminer tant le choix du texte que celui du travail proposé – même si dans ce dernier domaine, je vais toujours avoir tendance à travailler plus à partir de la structure du texte que du texte lui-même, à rendre le travail proche des participants, et pour cela à pousser le plus possible vers quelque chose de l’improvisation.

Comment décrirais-tu ton travail avec les jeunes sur les ateliers ?

Ouvrir avec eux un espace de liberté et de rigueur, faire abandonner l’idée qu’un texte n’est qu’un texte à dire – même bien. Découvrir que la rencontre d’un auteur c’est toujours l’occasion de vivre soi, de faire vivre son propre point de vue. De lire, en trois dimensions. Agiter le corps par la pensée, et l’inverse.

Quel est ton meilleur souvenir de spectateur ?

Le meilleur je ne sais pas, le plus fort en tout cas, Caligula, par la cie Embarquez ! Dans le Off d’Avignon en 1999 je crois. Je devais un peu me prendre pour Caligula, j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps…

Y-a-t-il un moment que tu préfères dans ton atelier ? Au spectacle ?

Toujours ce trouble qui vient quand tout ce qui reste du jeu, c’est la personne en train d’inventer… tu es tellement en prise avec ce qu’elle invente que la question du jeu ne se pose plus… ou se pose plus : on est où là ? Dans le théâtre ? ou « en » vie ?

L’Identité #2
© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« Je crois que l’identité d’un être est composée d’un socle immuable sur lequel nous avons plus ou moins de prise et de multiples facettes qui ne sont pas forcement toutes actives en même temps, qui se renouvellent ou s’annulent et se superposent au socle de base. Ensuite en fonction des sphères dans lesquelles nous évoluons (amicales, professionnelles, familiale, amoureuses…) en fonction des personnes que nous avons face à nous, nous jouons avec ces facettes, mettons en lumière ou cachons, de façon plus ou moins consciente, plus ou moins habile, plus ou moins assumée.

J’ai l’image d’un caléidoscope : Dans le tube les paillettes sont les mêmes mais si celui qui tourne va vite ou doucement, dans un sens ou dans l’autre, si c’est dans une pièce sombre ou sous le soleil de midi, ce qu’il voit est à la fois pareil et en même temps très différent.

L’identité est quelque chose de vivant, de complexe, toujours en mouvement même tenu.

L’identité c’est très mystérieux, c’est infini, ça peut être très dangereux….

C’est passionnant ! »

Caroline de Vial

In Situ LEM #2

Du 1er au 5 décembre, le LEM a accueilli le projet In Situ : une résidence d’artistes du Fracas. L’auteure Magali Mougel, le metteur en scène Guillaume Cantillon et les comédiens Catherine Lafont, Laëtitia Le Mesle*, Christophe Noël, Cécile Vitrant* et Valérie Vivier* ont investi le lycée toute la semaine pour créer une forme théâtrale à destination des lycéens, sur le thème de l’identité.

Différents groupes de lycéens ont pu rencontrer les artistes : les 1ères spécialité théâtre ont travaillé sur la communication du projet en créant des affiches et en relayant l’information sur les réseaux sociaux avec l’association lycéenne du CVL. D’autres classes de théâtre, secondes et terminales ont pu assister à des temps de répétitions.

La petite forme s’est jouée dans les étages du bâtiment d’externat, en déambulation, les spectateurs se déplaçant d’un lieu à un autre, guidés par les comédiens dans leur jeu. Un filage public, une générale et deux représentations ont rassemblé environ 160 élèves.

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« Je me suis fait couper les cheveux.
Raser la tête.
Avant on m’appelait Madame.
Maintenant on dit
Ton titre de transport jeune homme.
Elle, elle me dit
C’est le retour des années 80 ?
J’emmerde les années 80.

Quelques jours plus tard je suis à une terrasse de café.
Je bois pas du café
Je bois de l’alcool.
Un homme me salue à la terrasse de café.
C’est un ami à elle.
Il me dit
Salut Jeune homme.
Elle, elle rit.
Elle a le rire con.

C’est une conne.
Je ris pour faire croire que c’est drôle.
Que ça me va.
Alors elle et moi rions.»

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« -. Tu n’en as pas marre de nous faire la honte ?
-. Je vais apprendre l’hébreu.
-. N’importe quoi.
-. Je vais apprendre l’hébreu.
-. Hors de question.
-. Je m’en fous.
-. Non, on ne s’en fout pas mademoiselle, c’est non.
-. Et pourquoi ?
-. Parce que c’est moi qui décide.
-. Mais merde, j’ai le droit d’apprendre l’hébreu.
-. C’est non.
-. Mais pourquoi.
-. Parce que.»

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« La vie n’a pas de charme.
Sans doute que toute autre planète est préférable à la terre.
Je regarde les magasines
Je ne me reconnais pas dedans.
Je regarde les gens rire
Je ne me reconnais pas dedans.
Je regarde ce que les gens mangent
Je ne me reconnais pas dedans.
J’écoute la façon dont les gens rêvent, ce à quoi ils rêvent je ne me reconnais pas dedans.
Et le ciel au dessus de ma tête pourrait me faire croire que sans doute il pourrait y avoir une place pour chacun ?
C’est avec cette idée que je suis arrivée ici.
Je demandais peu, j’ai finalement trouvé moins. »

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

« Vous n’avez pas mis de photo.
J’ai oublié j’ai dit.
Vous auriez du mettre une photo.
J’ai répondu que je savais.
Tout cela prête à confusion.
J’ai compris.
Voyez-vous
Vous venez et je ne suis pas certaine que ça vaille le coup de continuer à échanger.
Vous auriez mis une photo
Nous aurions tout de suite pu anticiper la tournure de notre entretien
Mais vous n’avez pas mis de photo
Aussi c’est un peu comme si vous nous forciez la main
Et maintenant nous sommes dans l’indécision de pouvoir savoir si nous allons poursuivre notre entretien.
Vous le saviez pourtant que d’un point de vue de la nomenclature et des prérequis en terme de rédaction de Curriculum Vitae vous vous devez de mettre une photo
La photo elle permet de révéler la nature de votre identité.
C’est qu’une candidature pour un poste de carrossier
Je lui dis.
Vous minimisez la nature de l’offre ?
Je ne minimise pas, je réponds. »

© Cécile Dureux
© Cécile Dureux

 « Mais aujourd’hui tu es inquiet.
« Je suis inquiet, personnellement et radicalement inquiet, parce que je sens qu’on est en train de venir foutre en l’air quelque chose. »
Tu es inquiet parce que tu sens que là il y a comme un vent que tu n’avais jamais prévu.
« J’aime que tout soit bien rangé, j’aime que tout soit à sa place.
J’aime l’ordre le respect, je me retrouve dans l’ordre, le respect
Alors quand on aime l’ordre et le respect, il y a des transmissions de repère à ne pas bafouer. »
Tu es inquiet de ce qu’on essaie de te dire.
Égalité entre homme et femme.
Théorie du genre.
Construction de son identité en fonction de ses préférences.
Tu te fous à poil, tu prends Le dico d’anatomie et des maladies que l’Infirmière magazine avait offert à ta mère et tu regardes ta /
Tu regardes.
Enfin tu te regardes à poil et tu compares l’appareil féminin à ton appareil
Et tu en déduis
Qu’il faut pas prendre les gens pour des cons »

Tartuffe 2.4

La romance de Marianne et Valère racontée aux lycéens

En écho à Tartuffe ou l’Imposteur de Molière, mis en scène par Benoît Lambert, deux duos d’acteurs sont allés présenter Tartuffe 2.4, une petite forme théâtrale conçue pour être jouée en classe, dans les lycées Madame-de-Staël et Paul Constans de Montluçon et Geneviève-Vincent de Commentry. Les jeunes acteurs, dans les rôles de Marianne et Valère, en costumes de ville, sans décor ni accessoire, ont proposé aux lycéens des variations de la scène 4 de l’Acte II. Le couple vient à la rencontre des lycéens pour leur raconter sa romance : la rencontre, l’idylle, mais aussi les complications suites à l’arrivée de Tartuffe. Ils décident alors de montrer aux adolescents comment toute cette histoire s’est passée… avec des intentions de jeu différentes, offrant aux élèves différentes lectures de la scène.

L’objectif de cette petite forme était de permettre aux adolescents d’appréhender tout le travail d’interprétation et de nuance des comédiens. Il s’agissait également de leur permettre de mesurer que le sens n’est jamais entièrement donné dans un texte théâtral : il est aussi à construire dans le temps de la répétition. Au théâtre, tant pour le metteur en scène que pour les acteurs, il s’agit toujours de faire des choix.

Cette petite forme suivie d’un temps de discussions avec les acteurs a permis aux classes de 2d et 1e de préparer leur venue au spectacle ou de revenir sur la représentation qu’ils avaient vue la veille.

Conception et mise en scène Emmanuel Vérité et Benoît Lambert Avec (en alternance) Yoann  Gasiorowski, Aurélie Reinhorn, Camille Roy et Paul  Schirck Production déléguée Théâtre Dijon Bourgogne – CDN
Conception et mise en scène Emmanuel Vérité et Benoît Lambert Avec (en alternance) Yoann Gasiorowski, Aurélie Reinhorn, Camille Roy et Paul Schirck Production déléguée Théâtre Dijon Bourgogne – CDN
Portrait d’intervenant #4

Pierre-Yves Bernard
Intervenant sur les ateliers théâtre des secondes du LEM

Portrait PY pour blog

Depuis quand es-tu comédien ?
Après avoir participé aux ateliers-théâtre du lycée, je me suis inscris au Conservatoire d’Arts Dramatiques de Rennes puis ai intégré l’Ecole Nationale Supérieure de la Comédie de Saint-Étienne. Je suis professionnel du spectacle depuis ma sortie d’Ecole en 1997.

Comment t’es venu l’envie de faire ce métier ?
Je crois que c’est l’envie de jouer des personnages différents et le goût de raconter des histoires.

Depuis quand interviens-tu sur des ateliers ?
Depuis une quinzaine d’années….

Comment choisis tu un texte ou un travail pour un groupe?
J’avoue que ce qui est assez compliqué c’est d’abord de distribué des rôles intéressants à tous en fonction de leurs attentes…les groupes sont souvent essentiellement féminins et les pièces principalement composées de rôles masculins!
Ce qui m’intéresse aussi c’est de choisir un texte dont les enjeux sont les mêmes que ceux que peuvent vivre les élèves à leur âge!

Comment décrirais-tu ton travail avec les jeunes sur les ateliers ?
J’essaie de leur faire ressentir qu’à travers le texte ou la technique théâtrale la plus belle matière qu’ils ont à travailler c’est eux même ! Ils évoluent dans un cadre (le lycée) et à un âge (l’entrée dans l’âge adulte) où les règles sont parfois violentes et n’aident pas forcément à l’épanouissement personnel. J’essaie donc de les faire éviter tout jugement sur eux et sur les autres.

Quel est ton meilleur souvenir d’atelier ?
Je parlerais plutôt de mes meilleurs souvenirs d’ateliers….Il s’agit en général du jour du spectacle ou de présentation, quand tout ce qu’on a travaillé jusque là est sur le point d’éclore en public et qu’ils sont seuls à défendre leur travail….A ce moment là en général, ils sont une seule et même force, unis et solidaires, et laissent éclater leur personnalité !

Comment décrirais-tu le Fracas ?
Le Fracas est un formidable outil à fabriquer du théâtre ! Tous les corps de métiers du spectacle y vivent ensemble dans un même but : la création théâtrale ou l’accueil d’oeuvres qu’ils souhaitent partager avec le public. Les métiers du spectacle sont des métiers de passion et cette maison regorge de talents unis par le même amour du spectacle et des artistes.