Retour en images : Du piment dans les yeux

Du piment dans les yeux, pièce présenté par les élèves Lycée Paul-Constans durant le Chantier
texte Simon Grangeat
comédien intervenant Julien Geskoff
professeur-e-s Florine Lazaro, Jean-François Mérieux, Laure-Anne Valmalette
régie plateau  Thomas Boudic, Antoine Le Cointe, Jean-Jacques Mielczarek
avec Alexis Agnoly, Mathilde Bayet, Kévin Buisson, Roseline Chen, Anaïs Clément, Alexis Cognet, Jeffna De Sousa, Marine Droulers, Etienne Franquet, Enora Griette, Amanda Marchand, Sevanae Meugnier, Cléa Nguyen, Heïdi Portalier, Maëlle Trochu, Aurore Velleine, Solène Velleine, Paul Weise, Matthias Wellens, Chloé Yanan

À vous, lycéens et lycéennes engagé(e)s sur ce chantier théâtral avec  Du piment dans les yeux

Lorsque j’avais votre âge – entrée en matière qui m’éjecte illico vers les sphères grisonnantes ou celles, moins dignes, des vieux cons – lorsque j’avais votre âge, donc, le rideau de fer venait de tomber, emporté dans l’élan de la chute du mur de Berlin.
Partout, on ne parlait que de « monde libre » et de « liberté retrouvée »… Lorsque j’avais votre âge, abattre un mur était une victoire.
Passer clandestinement la frontière entre la Hongrie et l’Autriche un acte de résistance.
Fuir la dictature (fut-elle une République Populaire) une légitime décision méritant asile et accueil compassionnel.
Lorsque j’avais votre âge, ces « passagers clandestins » n’étaient pas des migrants mais des réfugiés à qui nous nous devions de porter secours – en parole pour le moins, mais parfois aussi dans les actes…
Et puis le temps passe et les mots changent.
À moins que ce ne soit la couleur de peau de ceux-là qui traversent – tentent de traverser.
Aujourd’hui c’est l’Europe qui érige des murailles, barrières de protection.
Nos militaires patrouillent pour fermer les entrées.
Barbelés.
Caméras.
Fossés.
Murs.
Checkpoints.
Ils tirent aussi, souvent
L’Europe que nous avons construit est forteresse assiégée repoussant les assauts.
Ces changements-là traversent mon écriture depuis longtemps, mais lorsque déferla sur nos écrans ce flot d’images de naufrages sur les côtes turques ou grecques ; lorsque déferla sur nous  ce déluge de photos de colonnes de marcheurs errant sur les routes de Hongrie ou de Slovénie – images que je pensais remisées à jamais dans les livres d’Histoire – lorsque déferlèrent sur nous ces images, je sus que c’est de ce réel que j’écrirai encore.
Que j’écrirai pour vous.
Et puis – par hasard (?) – une amie me raconta l’histoire de Mohamed Zampou, jeune homme parti à 16 ans de Côte d’Ivoire pour continuer ses études, se faire une vie aussi belle que possible.
Vivre, quoi !
16 ans…
Partir pour étudier…
L’envie était trop belle !
Alors je me suis mis à écrire.
Pour vous.
Le texte que vous avez entre les mains est une étape provisoire de l’écriture.
Votre étape.
Votre souvenir.
Depuis, le texte a beaucoup voyagé, beaucoup évolué…
Mais nous pensions que c’est cette version-là qu’il vous tiendrait à cœur de relire, peut-être…

Simon Grangeat