Inauguration – Porte des Dames Fouquet
samedi 16 septembre 11h00 Porte Fouquet durée 1h00

Inauguration de La Porte des Dames Fouquet

 

Nous sommes réunis, ce jour, en ce lieu, pour rebaptiser la rue Porte Fouquet, Porte des Dames Fouquet, afin de nous remémorer le rôle éminent qu’eurent la mère et la seconde épouse du Surintendant des Finances déchu de Louis XIV,  Mesdames Marie de Maupeou et Marie-Madeleine de Castille, dans notre cité dans le développement de l’Hôtel-Dieu, et leur nombreuses entreprises charitables envers les plus démunis.

 

Mais comment, la mère de Nicolas Fouquet et son épouse vinrent-elles à Montluçon au début de l’année 1665, et y demeurèrent-elles de longues années, au point de marquer la cité de leur passage durablement ?

 

Rappelons quelques faits.

 

Nicolas Fouquet, descendant d’une riche famille de marchands, membre de la noblesse de Robe, protégé de Mazarin, devint en 1653, le Surintendant des Finances du jeune roi Louis XIV, on parlerait aujourd’hui de Ministre des Finances.

 

Habile, quoique arrogant et trop ambitieux, Fouquet mit en place une stratégie économique visant à redresser les finances exsangues du pays, en améliorant le rendement de l’impôt, en essayant de traquer les dépenses étatiques inutiles, et en émettant des prêts, garantis par la couronne, à des taux avantageux, qui feront la fortune de nombreux de ses proches, ainsi que de lui-même.

 

Certes, l’argent rentra dans les caisse du Trésor Public, mais les dépenses de la Cour Royale ne cessèrent de croître durant la même période. Il fallait donc sans cesse remplir des caisses qui se vidaient à toute allure. Le risque de Banqueroute – l’État est en position de cessation de paiement envers ses créanciers- demeurait un risque et une crainte bien réels. Fouquet, parvint, tant bien que mal, en gageant une partie de sa fortune personnelle considérable (il est, un temps, plus riche que le Roi lui-même),, ainsi qu’en faisant appel à son réseau d’amis prêteurs qui s’enrichissent comme lui pareillement, à équilibrer, de justesse, les comptes.

 

L’ascension de Fouquet déplaît à de nombreuses personnes. Aux anciens partisans de la Fronde qu’il combattit auprès de Mazarin, à la noblesse d’Épée qui ne voit en ce « robin » qu’un parvenu. Son enrichissement très rapide et, il est vrai, en partie frauduleux, son train de vie : ses achats de nombreuses places-fortes, le luxe ostentatoire qu’il dévoile dans les fêtes somptueuses qu’ils donnent, la construction du somptueux Château de Vaux-le-Vicomte, font de l’ombre au Roi Soleil lui-même, qui ne peut tolérer un tel camouflet.

 

Le Roi qui se rappelle la méfiance que Mazarin éprouvait envers Fouquet a décidé sa perte, et d’en faire un exemple. Dans l’ombre, Colbert, qui déteste cordialement Fouquet, est missionné par le Roi pour précipiter sa chute en rassembler des éléments compromettant contre le Surintendant des Finances. Le 5 septembre 1661, D’Artagnan, Capitaine des Mousquetaires du Roi, arrête un Fouquet interloqué par une Lettre de Cachet.

 

Fouquet se retrouve emprisonné. Un procès, à charge, qu’on peut qualifier sans erreur de politique, est instruit pour Péculat (enrichissement personnel d’un agent public, lors de l’exercice de ses fonctions, sur les finances royales), et Lèse-majesté (on le soupçonne d’avoir manigancé un vague projet de rébellion nobiliaire au cas où il viendrait à chuter).

Pour ses deux chefs d’inculpation, il encourt la mort. Si la première accusation est fondée, la seconde est fort tenue. Le 21 décembre 1664, Fouquet est condamné pour Péculat. Mais la peine de mort est commuée par la confiscation de l’ensemble de ses biens et par sa déportation hors du Royaume. Louis XIV est furieux contre ses juges, il en destituera d’ailleurs certains.

 

Craignant que Fouquet ne puisse réactiver son réseau amical et financier à l’étranger, et voulant faire de lui un exemple, Louis XIV casse le Jugement qu’il trouve trop clément, et le condamne à l’emprisonnent perpétuel à Pignerol, où il décédera en 1680.

 

Dès cette époque, Nicolas Fouquet, de son statut réel de « haut fonctionnaire » corrompu et  coupable de malversations et de détournement de fonds public, devient une figure du martyr de l’absolutisme Royal. Il sera défendu par Scarron, Mme. De Sévigné, Voltaire, La Fontaine, Alexandre Dumas dans son Vicomte de Bragelonne qui clôt son cycle romanesque autour de D’Artagnan, ainsi que dans une pièce de théâtre, que le public aura l’occasion de découvrir ce soir-même au théâtre Gabrielle Robinne, Le Favori, écrite par Madame De Villedieu au XVIIème siècle.

 

La chute de Fouquet y est implicitement évoquée. Madame de Villedieu, dans cette pièce satirique, montre la face peu reluisante des courtisans, prêts à tout pour s’attirer les faveurs éphémères du Roi, au détriment de la morale et de la vérité. L’ironie voulut que cette pièce soit jouée devant le roi, en 1665, au Château de Vaux-le-Vicomte qui était devenu une propriété royale…

 

Durant l’instruction du procès, sa mère et son épouse défendirent avec acharnement  l’honneur de Fouquet et dénoncèrent courageusement les nombreuses irrégularités de la procédure, comme la nomination de juges et de procureurs ouvertement hostiles à Fouquet.

 

Elles réclamèrent, sans succès un droit de visite, ou la simple possibilité de correspondre avec lui. Elles publièrent des libelles dénonçant l’attitude de Colbert et l’irrégularité, voire l’illégalité, du procès. Elles écriront au Roi à de multiples reprises. Elles se rendirent chaque jour devant la chambre de l’instruction (l’Arsenal). Marie-Madeleine de Castille ira jusqu’à se jeter, publiquement, aux pieds du souverain, pour implorer, en vain sa clémence. Leur acharnement et leur courage marquèrent durablement les esprits.

 

A l’annonce de la condamnation de leur fils et époux, en décembre 1664, le Roi, pour les faire taire, les assigne à résidence à Montluçon où elles arrivent en janvier 1665. Mais, même de leur exil, les deux femmes continueront à défendre l’honneur de Fouquet et à réclamer le droit de le visiter, ce qu’elles finiront par obtenir.

 

Marie de Maupeou et Marie-Madeleine de Castille n’ont rien à voir avec les stéréotypes que nous pourrions avoir des femmes, mêmes nobles, du 17ème siècle. Ce ne sont en rien des femmes soumises, laissées dans l’inculture et confinées à des taches domestiques.

 

Les deux jeunes femmes sont fort cultivées et seront les mécènes de nombreux artistes. Marie de Maupeou possédait même d’authentiques compétences médicales dont elle faisait bénéficier les indigents, mais également les puissants.

 

Les Dames Fouquet, fort pieuses, proches de Saint Vincent de Paul, se dévoueront aux entreprises charitables auprès des malades, au sein de la Congrégation des Filles de la Charité, fondée par Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac : Marie de Maupeau fut ainsi directrice de plusieurs hôpitaux parisiens.

 

A Montluçon, elles poursuivirent, dès leur arrivée, en janvier 1665, leur œuvre charitable. Elles demeurent dans une propriété d’un de leurs amis, à la Maison de la Cave (ou Château de la Gaîté).

 

Les deux femmes firent des dons conséquents à l’Hôtel-Dieu de Montluçon dès 1665. Elles le développèrent en y établissant, en 1671, la Congrégation des Filles de la Charité. Elles firent de nombreux dons en argent pour soulager la misère des plus pauvres en temps de disette, tant et si bien que l’Hôtel-Dieu de Montluçon devint, pour l’époque, une structure médicale très avancée, avec un personnel parfaitement formé.

 

Ces deux femmes pieuses, afin de se rendre aisément et discrètement à Notre Dame et à Saint Pierre pour prier, financèrent sur leurs deniers, le percement d’une nouvelle porte, qui sera nommée Porte Fouquet.

 

Celle-ci, fut comblée dans les années 1960.

 

Sa trace demeure néanmoins dans la toponymie de nos rues, comme en témoigne la « rue Porte Fouquet » devant laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

 

Ce nom de Porte Fouquet ne nous semble pas traduire, de manière suffisamment effective, le rôle éminent de Marie de Maupeou et de Marie-Madeleine de Castille à Montluçon.

 

Elles sont certes respectivement mère et épouse de Nicolas Fouquet, mais ce sont elles qui ont permis le développement de l’hôtel-Dieu. Et c’est avant tout pour ceci que nous nous devons de saluer leur mémoire.

 

Par conséquence, il nous semble historiquement adéquat, légitime et juste de rebaptiser cette rue « Porte des Dames Fouquet », afin de les remercier, et afin que nous puissions nous remémorer, les bienfaits qu’elles rendirent à Montluçon et à sa région.

 

Au cours de cette Journée du Matrimoine, vous aurez l’occasion, au travers de conférences, auxquelles je vous invite à participer, d’en savoir plus sur le règne du Roi Soleil, et sur la vie des Dames Fouquet.

 

Ce soir, vous aurez même l’occasion d’assister, théâtre Gabrielle Robinne, à la représentation de la pièce Le Favori, écrite en 1665 par une autre éminente femme de lettres, Madame de Villedieu, qui fait référence à l’affaire Fouquet et raille les courtisans.

 

Nous allons maintenant procéder à l’inauguration de la plaque.

 

Chers concitoyens, merci de votre attention.

 

Daniel Dugléry, maire de Montluçon